Découvrir que nous sommes riches et vivants d’une relation.

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Détresse.

Il peut nous être ainsi donné parfois de nous découvrir riches et vivants d’une relation compatissante maintenue ; riches et vivants de l’affection donnée et reçue, quelquefois dans l’insupportable pourtant, dans la difficulté bien souvent. Mais cet insupportable nous a-t-il provoqué à penser autrement, et plus grand la dignité de l’existence humaine ; cet insupportable nous a peut-être fait devenir plus nous-mêmes, plus humains dans l’acceptation de l’autre si différent, et si semblable à la fois. L’intuition de la dignité infinie peut alors susciter une générosité, une sollicitude pour autrui qui peut aller jusqu’au don de soi. Et tout particulièrement quand nous sommes devant notre semblable si dissemblable. Si blessé, si amoindri soit-il, tout humain est une image véridique de la condition humaine, tout visage humain est un visage fraternel.

Accepter de rester présent à l’autre dans des situations souvent sans solutions satisfaisantes, sans se réfugier dans la bonne image que l’on veut garder, c’est un passage, une pâque qui coûte une perte, la perte de l’illusion, la perte de la toute-puissance. Celui qui traverse cette épreuve n’est plus le même, il a ouvert en lui un espace où l’autre a sa place.

Dans la Legenda Major de St Bonaventure, le lépreux disparaît mystérieusement. Peu après « tandis qu’il (François) priait à l’écart et que, par l’excès de sa ferveur, il était tout absorbé en Dieu, le Christ Jésus lui apparut comme fixé à une croix. A sa vue, son âme fut liquéfiée ; et la mémoire de la passion du Christ s’imprima si viscéralement et si intimement en son cœur que, depuis cette heure, quand il pensait à la passion du Christ, il avait grand peine à retenir au dehors ses larmes et ses gémissements.
Alors qu’autrefois non seulement être avec les lépreux, mais même les apercevoir de loin lui inspirait une horreur violente, maintenant, à cause du Christ crucifié qui, selon la parole du prophète apparut méprisable comme un lépreux, il manifestait aux lépreux dans sa piété bienfaisante les marques de l’humilité et de l’humanité. Il leur rendait souvent visite chez eux, leur offrant libéralement des aumônes et avec un vif sentiment de compassion, il leur baisait les mains et le visage avec affection. »
Tous les lépreux sont devenus les icônes vivantes du Christ. Et le service et la proximité deviennent sources de joie : 1Rg 9,2 Les frères doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades et des lépreux.
Vivre parmi les lépreux, vivre avec le Lépreux, c’est une seule et même réalité.

Lire la suite: Un chemin de Pâque se dessine entre l’amertume et la douceur.