Ce que n’est pas la joie parfaite

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Ce que n’est pas la joie parfaite : Des illustrations simples concernent tout d’abord l’expansion et la notoriété de l’Ordre. Les trois catégories de personnes citées représentent le pouvoir : * Les maîtres de Paris le pouvoir de la science, * Les prélats d’outre monts, archevêques et évêques le pouvoir spirituel, * Le roi de France et d’Angleterre le pouvoir temporel.

La joie parfaite n’est ni dans la notoriété ni dans une certaine mondialisation. Si l’on peut comprendre la réticence du Poverello envers le pouvoir ou l’installation sociale, immobilière, financière d’un Ordre qu’il voulait pauvre, mendiant, itinérant, la seconde proposition peut paraître plus surprenante.

En effet, la conversion de tous les infidèles évoquée ici est tout à fait dans la ligne de la Première Règle : Chapitre16 De ceux qui vont chez les Sarrasins et autres infidèles Les frères qui s’en vont peuvent vivre spirituellement parmi eux de deux manières : une manière est de ne faire ni disputes ni querelles, mais d’être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu et de confesser qu’ils sont chrétiens. L’autre manière est, lorsqu’ils voient que cela plaît au Seigneur, d’annoncer la parole de Dieu pour que les infidèles croient en Dieu tout puissant, Père et Fils et Saint Esprit, créateur de toutes choses, au Fils rédempteur et sauveur, et pour qu’ils soient baptisés et deviennent chrétiens.

On sait par ailleurs l’importance de l’Évangile de l’envoi en mission dans la conversion de François. Puis lorsque des frères sont venus à lui, il les a envoyés conquérir au Christ le monde entier, musulman aussi bien que chrétien. Ses biographes précisent « qu’il exultait de joie lorsqu’il apprenait que ses fils donnaient des exemples personnels de sainteté, il comblait de ses bénédictions les plus gratifiantes les frères, qui par leur parole ou leur conduite, ramenaient des pécheurs à l’amour du Christ ». 2C155

Pourtant, la joie parfaite n’est pas dans la réussite missionnaire, si excellente soit-elle. La dernière proposition concerne François lui-même dans le don qu’il pourrait avoir de ressembler au Christ dans la guérison et les miracles. Pour celui qui a reçu l’appel à suivre Jésus, celui qui s’est autoproclamé Héraut du Grand Roi, quelle plus grande joie pourrait exister que celle d’être identifié ainsi au Christ ?

Dans ces différentes propositions, il y a de manière évidente une dimension de plénitude qui est évoquée : tous les maîtres, tous les infidèles convertis, beaucoup de miracles… L’épanouissement de l’Ordre, la réalisation de ses plus grands désirs pourraient combler de joie cet homme ambitieux, pétri d’idéal, l’idole et le prince de la jeunesse dorée d’Assise qu’il a été.

De fait, François était ambitieux. Les deux premiers mots qui ont été conservés de lui par ses biographes en donnent bien la mesure : « Un jour je serai l’idole du monde entier » 3S4 « Je sais que je deviendrai un grand prince » 3S5 1C2 « Il se voulait le premier de tous, croisant les places de la ville la tête haute et le geste large, entouré d’une troupe juvénile qui l’admirait et le prenait pour modèle. »

Son ambition certes a connu une conversion profonde ; le jeune François prit peu à peu conscience de l’impasse de ses désirs de réalisation personnelle dans une quelconque chevalerie ou dans des faits d’armes, pour désirer par dessus tout avoir l’Esprit du Seigneur, mais son ambition s’est transférée à l’Ordre et à sa mission, à l’exigence de la qualité de vie évangélique.

« Mais je te dis qu’en tout cela n’est pas la vraie joie » La vraie joie n’est ni dans la réussite mondaine, ni dans l’assurance de la fécondité missionnaire, ni dans l’imitation ou la participation à la puissance même du Christ. Elle n’est pas dans cette plénitude.

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