Le Cantique des Créatures.

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La joie dans le Cantique des Créatures.

C’est la même joie qui éclate dans le Cantique des Créatures ou de Frère soleil. Il nous est impossible de comprendre ce cantique sans le rattacher directement à l’expérience profonde de François évoquée précédemment, à son existence intime avec le Christ. Lorsque François chante et exalte la beauté et la bonté de Dieu reflétées par la Création, aveugle, il n’en voit ni n’en goûte plus la douceur. Il loue et remercie son Seigneur pour frère soleil dont le moindre rayon blesse ses yeux meurtris, pour sœur Lune et les étoiles dont il ne distingue plus la clarté. Mais surtout son chant culmine sur la louange et l’action de grâce pour l’œuvre de Dieu dans l’homme : la réconciliation dans le pardon, le consentement dans l’épreuve et l’accueil de notre sœur la mort corporelle dans l’abandon confiant à la très sainte volonté du Père. C’est le chant de louange d’un homme pacifié, pleinement réconcilié avec ses frères, ses semblables, sa finitude.

C’est le chant d’un homme habité par la Passion du Très Haut, mais un Très Haut que l’on ne peut rencontrer, nommer, qu’en grande humilité, dans la communion avec ce qu’il y a de plus simple, de plus bas. Celui qui tout d’abord se reconnaît indigne de nommer Dieu, accepte de le louer avec toutes les créatures, en se rangeant humblement parmi elles, en communiant fraternellement avec elles, jusque dans la célébration du pardon, dans l’accueil de la finitude et ultimement de la mort comme une sœur.

La liberté de l’homme n’est pas seulement liberté de choix lorsqu’on est devant une alternative, mais aussi dans le fait de consentir à ce qui lui arrive, lorsqu’il ne peut plus choisir. Y compris devant la mort, l’homme peut convertir la mort en parole de vie. Sa grandeur se dit dans la manière d’appréhender et de vivre sa finitude. Cette attitude ouvre une autre manière d’être : non la maîtrise qui passe par un faire mais par l’accueil, l’abandon. La puissance véritable naît du renoncement à se posséder et à posséder tout. Au creux de la vulnérabilité consentie. Alors ce qui blesse ou écrase peut devenir étrangement fraternel. Alors il peut nous être donné de goûter quelque chose de la joie et de la résurrection dans ces traversées où nous passons de l’imaginaire à l’humble assomption de la réalité, d’un travail de deuil à un travail de Pâque, de l’amer au doux.

Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent, ô Très Haut, et nul homme n’est digne de te nommer. (…) Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix, car par toi, le Très Haut, ils seront couronnés. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. (…) Heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire. Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !

Creation 4

Le cantique des créatures