La Paix pour tous les êtres

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François d’Assise a vécu dans un siècle de violences. Il a eu dès sa jeunesse l’expérience de la guerre, de la captivité et de l’attrait des armes, mais sa conversion à la fraternité s’accompagne du désir d’apporter la paix à tous, et c’est bien le sens du salut qu’il apprit aux frères à employer envers toute personne rencontrée sur son chemin. “Que le Seigneur te donne sa Paix !” :

“Pour saluer, le Seigneur m’a révélé que nous devions dire : Que le Seigneur vous donne sa paix ! Cette paix, il la souhaitait toujours avec conviction aux hommes et aux femmes et à tous ceux qu’il rencontrait sur son chemin…”(1 Cel 23). Et il ajoutait, dans son enseignement : “Cette paix que vos bouches proclament, il vous faut d’abord et bien d’avantage l’avoir en vos cœurs : ainsi vous ne serez pour personne occasion de rancœur ou de chute. Tout au contraire, votre paix et votre délicatesse ramèneront la paix et la tolérance parmi les hommes. Car c’est là notre vocation” (An.¨P.38c).47109162430c8f3c4c5b53069cc16282
Remarquons que pour François, la paix n’est pas une utopie, ni un idéalisme, mais bien une réalité quotidienne, car “faire la paix” se vit chaque jour, et même François y voit l’une des conséquences du choix de la pauvreté évangélique : ainsi il répondait à l’évêque d’Assise qui s’inquiétait du radicalisme de la pauvreté des Frères : « Monseigneur, si nous avions des propriétés, il nous faudrait aussi des armes pour les défendre, car elles sont sources d’interminables querelles et procès. Et tout cela n’est qu’entrave à l’amour de Dieu et du prochain. Voilà pourquoi nous ne voulons d’aucuns biens matériels en ce monde.” (An.P. 17d).

Le prédicateur de la Paix
Par ailleurs, François ne s’est pas contenté d’inviter ses frères à garder la paix, mais il s’est fait lui-même un prédicateur de la paix et est intervenu, avec plus ou moins de succès dans les conflits de son temps.

La rencontre avec le Sultan est un geste significatif de paix, en pleine violence guerrière, alors que les esprits semblaient si opposés à une telle démarche. Il faut se souvenir qu’au siècle précédent, le doux Bernard de Clairvaux, prédicateur de la Croisade et conseiller spirituel de la fondation des Templiers écrivait à ceux-ci que leur milice devait obtenir, au besoin par les armes, la conversion des musulmans : “S’ils refusent de se convertir, alors il faudra les exterminer !”.
Pour François, au contraire, le Sultan n’est pas d’abord un ennemi mais un frère qui a droit à entendre les paroles de l’Évangile. Sans doute il nous est difficile de lire à travers les textes, qui sont surtout des panégyriques, quel fut le résultat de cette prédication. À en croire les différentes sources, et surtout le récit de Bonaventure qui dit tenir ses renseignements du frère Illuminé, le compagnon de François en cette aventure, le Sultan Melek-el-Kamil, non seulement aurait reçu François avec quelques égards, admirant son courage et sa courtoisie, mais il aurait exprimé un désir de foi, une possible conversion intérieure. Cela n’est guère vraisemblable. Mais ce qui importe, c’est le changement qui s’en est suivi chez les chrétiens, à commencer par les Frères Mineurs, persuadés, désormais qu’il valait mieux évangéliser que combattre par les armes.

L’un des derniers actes de sa vie va bien dans ce sens. L’évêque et le podestat d’Assise étaient fâchés depuis longtemps dans un conflit sans issue. De son lit d’agonie, quelques jours avant sa mort, François ajouta une strophe à son Cantique des créatures et envoya deux de ses compagnons la chanter aux deux chefs de la cité, qui par amour pour François se réconcilièrent illico. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi, pour ceux qui supportent épreuves et maladies, heureux s’ils conservent la paix ! Par toi, Très-Haut, ils seront couronnés ! (Leg. Pérouse 44)

Lorsque le 26 juin 1946, après la deuxième guerre mondiale, le sénateur américain Tom Connaly présenta la charte de l’O.N.U inaugurant cet organisme voué à la paix dans le monde par le dialogue entre les nations, dans la ville de San Francisco (fondée au XVIIIe siècle. par les missionnaires franciscains), il souligna, dit-on, cette coïncidence et évoqua la mémoire du petit pauvre d’Assise, en récitant la “prière pour la paix”, qui lui est attribuée, pour inviter les hommes à faire enfin la paix après le conflit le plus violent et le plus meurtrier de l’histoire des hommes. (cf Christian Renoux, La prière pour la paix attribuée à François d’Assise, EF, 2001)

Source Wikitau