« Table ouverte », le poids des mots !

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Table Ouv. Bagnoles003

Table Ouverte Bagnoles 24 Décembre 2014

23 décembre midi. Le repas se termine ; nous faisons le point sur notre projet de « table ouverte » du 25 décembre midi ; une tradition que nous reconduisons d’année en année, mais toujours nouvelle.

Huit personnes -seules ce jour-là- étaient attendues. Les désistements se succèdent ; elles ne seront plus que trois. La déception affleure, quand l’une de nous lance : « C’est « table ouverte »… Donc, il faut rester en éveil jusqu’au dernier moment. On ne sait jamais… ». Acquiescement général, car, c’est bien l’esprit de notre démarche.

Tandis que nous avalons le café, on sonne à la porte.
Je me trouve en présence d’un homme, grand, à la présentation soignée, sac au dos, qui me dit d’un trait : « Je suis sur la route. Cette nuit, j’ai dormi dehors. Je passe vous voir chaque année. Vous n’auriez pas un casse-croûte ? »
Je le fais entrer à la salle de séjour, pour donner le temps à Sr Léone de réchauffer un repas : « par ce temps, pas question de manger froid ».

Tandis qu’il prend son repas à la cuisine -compliments pour le potage et le pot-au-feu -, dans les va-et-vient, la conversation se noue avec les unes et les autres :

– Oui, il a un hébergement pour ce soir -il a téléphoné-, mais il faut être à la Mairie (à 6 km) avant 17 h.
– Sera-t-il encore là pour Noël ? Il l’espère.
– Et la « table ouverte » ? Je l’évoque, et avec quelques explications, je lui propose d’y participer, confiante dans l’acquiescement présupposé de la communauté. Réflexion… empreinte de surprise, de gravité. Il accepte.

Table Ouv. Bagnoles004Et, débute alors, le jeu sans fausse note, d’une belle partition de « fraternité » dont nous exécutons à tour de rôle, ou ensemble, chacun des morceaux. Elle va se jouer sur 5 jours. Vont entrer dans l’orchestre : la déléguée de la Croix-Rouge pour un bon alimentaire ; le Père Norbert (lui aussi invité de la table ouverte), comme chauffeur le jour de Noël ; Le logeur qui prolonge exceptionnellement de 5 jours l’hébergement de Bruno ; toute la fraternité pour la préparation du repas festif de Noël ; la famille M., et Eric (invités de la dernière heure) qui, dans 48 h, le rejoindra à La Halte pour l’aider à réaliser l’insurmontable dossier de candidature à un emploi aidé.

A l’office communautaire de Noël résonnent encore les derniers mots de Bruno : « Aussi loin que je me souvienne, je ne me rappelle pas d’avoir passé un Noël comme ça. Non, je ne me rappelle pas… ».
Oui, « Dieu est venu chez nous, et de proche en proche, le feu de l’amour a fait reculer la nuit… C’est bien Noël ! »

Sr Yvonne Boyer ssfa
à Bagnoles-de-L’orne