Ce dernier voyage a une histoire

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Exode de civils français

Un jour, ne pouvant plus marcher, je demande à des fermiers qu’ils nous emmènent jusqu’à la maison. On nous répond :
« les hommes sont partis, nous n’avons plus de cheval ».
J’essaie à la ferme suivante, j’insiste mais cela paraît impossible. Je dis alors que je dormirai avec le garçon dans la grange. Ils ont alors peur d’avoir affaire à des espions et cette fois, on nous trouve le cheval pour rentrer.
Ce dernier voyage a une histoire : une ambulance allemande arrive à notre droite. Un avion l’a repérée. Avec mon garçon, nous sortons notre mouchoir comme nous devons le faire dans ces cas-là et nous l’agitons. Quand l’avion pique sur tous ces pauvres soldats, ils sortent de l’ambulance en courant. Il s’agit d’hommes blessés, bandés. Grâce à nous, cette fois, ils sont épargnés…

A Nimoutier, c’est dans les usines que nous allons. Elles finissent de brûler. Avec la demoiselle, on prend les camemberts éparpillés. Il reste de petits brasiers qui finissent de se consumer. On nous donne beaucoup de lait, de la crème. Il n’y a rien d’autre !
Deux fois j’essaie d’aller à Epron afin de récupérer des objets. Je suis avec Sœur Marie Néel une fois et avec un gars d’Epron une autre fois. Nous faisons du stop avec les camions américains. Un jour, un motard fait arrêter le camion pour prendre le nom du soldat qui nous avait pris. C’était interdit. En effet, des fausses sœurs quelques jours avant avait fait comme nous et avaient tué les américains.
Le soldat est bien ennuyé. Il nous dit qu’il sera puni. Il nous dépose et nous allons dormir aux Buissonnets à Lisieux.
Le lendemain, nous recommençons le stop. C’est un camion rempli de fagots. Ce n’est pas facile de les escalader et encore moins pour descendre : nous avons besoin des bras des soldats !
Un soir, nous entendons avions, éclatements… Les Allemands courent un peu au hasard. Nous nous demandons ce qui se passe. Le lendemain, nous devons faire un exercice simulacre d’alerte qui consiste à nous précipiter dans notre tranchée… calmement !

Lire la suite: Avant le débarquement.