Dans ce pays, nous connaissons la débâcle française.

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La supérieure me dit : « Cachez vos garçons ». Cacher, ce n’est pas bien possible. Mais les Allemands ne sont pas méchants. Ils leur donnent des bonbons et des chocolats que nous ne mangeons pas, pensant qu’ils sont empoisonnés. Pas du tout : un garçon ayant mangé son bonbon malgré notre défense de le faire n’est pas mort !!!
Dans ce pays, nous connaissons la débâcle française. Il faut voir nos pauvres soldats jeter leurs armes et courir sans but, cherchant à se protéger. L’un d’entre eux nous demande en courant un verre d’eau. J’arrive avec le verre d’eau en main mais il court en criant : « ils arrivent, ils sont là derrière nous ! »
Trois mille hommes se réfugient dans la forêt. Des avions qu’on appelle les « forteresses » tournent dans le ciel sans arrêt, les recherchant.
Arrive un car de SS. Le général, monocle en or, vient chez nous. Il demande à la directrice où se sont dirigés les français. Elle leur indique la direction opposée et vingt allemands du car y partent.
Les Français n’ont plus rien, ni fusils, ni chefs…
Nous retournons à Epron jusqu’au débarquement. Que de cars remplis de Français voyons-nous ! Pour les encourager, nous marquons avec nos doigts le signe de la victoire. Les Allemands ne nous disent rien, malgré qu’ils puissent le faire.

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Plage du débarquement

Commencent alors les vraies batailles d’avions. Nous les voyons tomber en flammes jours et nuits.
Avec mes garçons, nous décidons d’aller sur place. C’est risqué mais nous n’y pensons pas.

A l’arrivée des Allemands à Epron, j’avais obtenu un dortoir pour les garçons à l’orphelinat car les propriétaires où nous étions étaient partis. Tout le monde fuit.
De 1939 à 1944 – le débarquement – nous n’avons pas faim parce que le pain est fait sur place. Nous n’avons pas grand choix… et choix de… rien ! Rutabagas et topinambours journaliers.

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