La demeure

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L’homme n’a pas seulement besoin d’un habitat pour assurer sa protection. La maison offre plus que la sécurité des murs. C’est aussi le lieu du retrait de l’espace public. Habiter, c’est pouvoir se tenir en deçà d’un seuil, dans l’intimité. Les sans-logis, les sans domicile fixe sont privés de cette privauté : ils vivent sans cesse sous le regard des autres. Ceux qui vivent sous des régimes totalitaires sont bien souvent eux aussi privés de cet espace. L’intrusion est constante dans « la vie des autres ».
Accueillir suppose donc de disposer d’une privauté, d’un lieu dont je demeure maître – on parle d’ailleurs de « maître de maison ». La maison autorise le retrait en deçà d’un seuil qui permet le recueillement, le recul de la contemplation. Pour vivre humainement, nous avons besoin d’un lieu où l’on est chez soi – et non assigné à résidence. La privauté est nécessaire pour échapper à la fonctionnalité, pour sortir des conventions sociales, pour se dégager du regard des autres.

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Famille

Mais la possibilité du retrait n’est pas tout. Une chambre d’hôtel n’est pas une habitation. C’est encore un non-lieu, certes aménagé de manière fonctionnelle mais anonyme. L’habitation est au contraire un réceptacle où peuvent s’accumuler les souvenirs, les bibelots, les meubles, les héritages, un lieu où peuvent se relaxer les corps, se stabiliser les convivialités, s’inscrire les généalogies, s’enraciner les familles. L’habitat est le lieu d’une mémoire, dans la sédimentation des objets et des souvenirs, dans l’aménagement d’un intérieur. L’habiter est un acte créatif quotidien.

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