La perte de l’hospitalité ?

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Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Dans l’ensemble des œuvres de miséricorde énoncées par Mt 25, l’hospitalité semble celle qui a perdu le plus de vigueur.

Pourquoi le commandement de l’accueil n’est-il plus reçu aujourd’hui ?
Paul Ricoeur avance une hypothèse : nous avons oublié l’accueil parce que notre mémoire ne porte pas le souvenir des grandes migrations. De fait il nous est plus difficile aujourd’hui qu’hier de « faire mémoire d’avoir été étranger ».
Mais à défaut de mémoire historique, il est cependant possible d’intérioriser notre condition effective d’étranger en faisant jouer la mémoire symbolique, le travail du souvenir de l’exil.
Ricoeur invite à faire une expérience de déstabilisation de notre identité de « nationaux installés » en mettant à jour les zones d’étrangeté en nous-mêmes : découvrir que je parle une langue qui n’est pas comprise des étrangers, expérimenter « l’inquiétante étrangeté » des pulsions soudaines qui peuvent m’habiter, fantasmer que j’aurais pu être un autre, penser que mon appartenance à une communauté située dans le temps et l’espace est tout à fait fortuite, comprendre qu’il n’y a pas de droit originaire à être ici plutôt que là, à être possesseur de cette terre plutôt qu’une autre…

r41000_4_travailler_etrangerCe sentiment d’étrangeté peut être profondément déstabilisant si nous nous découvrons de nulle part et n’ayant nul lieu où aller. Mais c’est précisément l’hospitalité qui peut guérir de ce sentiment de perte de l’identité personnelle. « Si nous avons à faire mémoire d’avoir été, d’être toujours étranger, c’est dans un seul but : retrouver le chemin de l’hospitalité ».

Lire la suite: Se reconnaître soi même comme un étranger