L’accueil de l’étranger dans la tradition biblique.

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La question de l’étranger est récurrente dans la tradition biblique. Dans le livre de l’Alliance, le commandement de l’accueil de l’étranger est parmi les plus répétés (36 fois) parmi les commandements sociaux. Il est revêtu de la plus haute autorité et acquiert un poids égal à celui d’autres normes fondamentales religieuses et cultuelles : elles font partie de la relation même à Dieu.

Le Deutéronome réfère les prescriptions relatives à l’étranger sans cesse à l’Exode (cf. Dt 24, 18). Il ne fait pas que souligner l’expérience d’avoir été étranger en Égypte, mais aussi l’acte de libération de Dieu lui-même qui se manifeste dans l’attribution d’une terre. Mais l’amour de Dieu qui a permis qu’Israël possède désormais une terre n’est pas exclusif. Il embrasse aussi les étrangers (cf. Dt 10, 17 sq.). Israël est appelé à manifester cet amour en donnant matériellement un pays aux réfugiés comme lui-même l’a reçu de Dieu.

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Accueil à Reinacker (France- Alsace)

Le Nouveau Testament relaye cette exigence de l’accueil. L’accueil de l’étranger fait partie des œuvres de miséricorde mentionnées en Mt 25. L’inscription de l’accueil parmi les œuvres de miséricorde mentionnées en Mt 25, signifiant par là que l’accueil met en jeu le corps humain, un corps exposé, fragile qui cherche un lieu où il pourra trouver chaleur, réconfort, présence, tendresse. Surtout, accueillir l’étranger, c’est accueillir le Christ lui-même.

La Didachè, une très vieille catéchèse morale issue des milieux juifs convertis donne le ton d’un enseignement que les Pères répéteront inlassablement.Elle recommande d’accueillir tout inconnu, au moins le temps d’une étape. Celui qui demande l’hospitalité, quel qu’il soit, a toujours droit au respect.

Dans le même temps, la charité qui s’exprime dans l’hospitalité ne doit pas céder à l’aveuglement : il convient de distinguer le vrai nécessiteux de l’imposteur : « Quiconque vient à vous au nom du Seigneur doit être reçu (Mt. 21, 9 ; Ps. 117, 26) ; mais ensuite, après l’avoir éprouvé, vous saurez discerner la droite de la gauche : vous avez votre jugement. Si celui qui vient à vous n’est que de passage, aidez-le de votre mieux. Mais qu’il ne reste chez vous que deux ou trois jours, si c’est nécessaire. S’il veut s’établir chez vous et qu’il soit artisan, qu’il travaille et se nourrisse. Mais s’il n’a pas de métier, que votre prudence y pourvoit, en sorte qu’un chrétien ne soit pas trouvé oisif chez vous. S’il ne veut pas agir ainsi, c’est un trafiquant du Christ ; gardez vous des gens de cette sorte »(XII.1).

Dans l’Église primitive, l’hospitalité s’est ensuite structurée progressivement autour de l’évêque, aidé par des diacres et des diaconesses. À partir du quatrième siècle, l’Église, désormais habilitée à recevoir des legs, s’engage dans la construction des premières institutions de charité et d’hospitalité, d’abord en Orient puis en Occident.

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Accueil à Niamtougou (Togo)

L’hospitalité se développe ensuite surtout dans les monastères avec une hôtellerie qui se divise en une hôtellerie des nobles (qui sont simplement logés) et une hôtellerie des pauvres que les moines sont tenus de loger et de nourrir. La signification spirituelle de l’accueil des hôtes dans les monastères est clairement exprimée dans la Règle de Saint Benoît (VIe siècle).

À partir du XIIe siècle, naissent des ordres religieux spécialisés dans l’exercice de la charité et de l’hospitalité (Hospitaliers de Saint-Antoine, l’ordre des Antonins, Chevaliers de Saint-Jacques). Avec la Renaissance, et après la Réforme, débute la sécularisation des œuvres d’assistance. Le développement des « sociétés philanthropiques » à partir du XVIIIe siècle, puis la socialisation et la centralisation des formes d’assistance délestent progressivement l’Église de sa mission traditionnelle d’hospitalité.

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Dispensaire à Niamtougou (TOgo)