Sept jours après le débarquement

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Réfugier

Ce même soir, donc sept jours après le débarquement, on nous embarque dans un camion à ordures. Nous sommes tous debout. Ce camion n’a guère de hauteur et, en route c’est difficile et dangereux.
Lorsqu’il y a un arrêt, tous nous sommes transportés dans le sens de la voiture. Il est facile d’avoir quelqu’un qui tombe sur la route. Toute la nuit, Sœur Marie-Pauline récite le « je vous salue Marie ». Certains, moins endormis y répondent. Mais les enfants s’endorment debout…
Nous avons embarqués avant la nuit et nous arrivons à Vimoutiers le lendemain matin.
Nous sommes dans un hangar, assis dans le foin et nous avons tous des boîtes de conserves vides, du lait peut-être et nous le buvons dans ces boîtes rouillées, tout contents d’avoir quelque chose après cette nuit sur les routes.
Qui a apporté cela ? Nous ne le savons pas.
Dans la journée, nous allons à la rivière laver quelques linges. Nous repartons avec la supérieure regarder les vitrines car cette dernière veut faire quelques petits achats.
Le lendemain matin… Il est dit que les enfants n’iraient pas à la messe. Mais un de mes garçons vient me réveiller en me disant : « je veux aller à la messe ». Je lui réponds que la supérieure a dit « non ».
Il redit : « je veux aller à la messe ». Il demande la permission et revient en disant qu’il pouvait y aller…
Je ne suis pas trop contente. Il me faut réveiller mes gars et partir. Sœur Marie-Pauline et ses filles restent à dormir…
Nous voilà donc en route pour l’église. Nous arrivons sur la place du village. Un drôle de bruit. Mes garçons me disent : « cet avion n’est pas haut pour faire un tapage pareil ! » Au même instant, les bombes nous tombent dessus. Nous nous aplatissons par terre, attendant que finisse l’alerte.
On entend crier les gens, éclater les obus. Nous sommes dans une fumée épaisse et noire. Nous n’y voyons plus – d’ailleurs, nous sommes à plat ventre !
L’alerte finie, je me relève. A ma droite, mon garçon, celui qui voulait tant aller à la messe. Il est mort. A ma gauche, un autre gars du village, mort lui aussi. Quant à moi, j’ai reçu quelque chose sur la tête. Je finis par retirer ma main mais je ne saigne pas.
Je fais quelques pas. Une deuxième alerte. De nouveau à terre. Je me relève. J’entends crier. Un de mes gars crie : « Mon Jésus, miséricorde ! »
Quelques pas plus loin, troisième alerte. J’ai le réflexe de penser qu’il serait peut-être temps de réciter mon acte de contrition.
L’alerte finie, je n’ai rien, je suis saine et sauve.
Comme tous les autres, je reprends un peu conscience. Je fais demi-tour pour retrouver mes garçons et aider si possible les blessés.
A cause de ces trois rafales, tout le monde court dans tous les sens. Il me faut ramper sous les barbelés pour sortir de cet enfer et essayer de retrouver un des miens.
Le Père Raoul avait déjà repéré une direction. Il y avait placé un garçon, au bas d’un chemin. Un autre plus loin servait de poteau indicateur.
Quelle heure est-il ? Je n’en sais rien !
Nous nous retrouvons tous sur le plateau. Il y a une grande ferme inoccupée. Il ne me manque que le garçon mort et deux autres blessés qui sont mort ensuite au poste de secours.
Les filles nous rejoignent là avec la sœur. Il manque la supérieure et une sœur déjà dans l’église lors du bombardement.
Ce n’est que le soir à 17 heures qu’elles peuvent nous rejoindre alors que le bombardement avait eu lieu à 8-9 heures. Elles ont -elles aussi – couru à l’aveuglette. Elles ont appris qu’un groupe avait pris cette direction…

Lire la suite:  Quelles retrouvailles !