Un face à face éthique

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Habiter : la condition de possibilité du face à face éthique

L’habitat est la médiation nécessaire à la rencontre, au face-à-face. La demeure offre le retrait et la distance nécessaire à l’accueil de l’autre comme autre. L’accueil n’est possible qu’avec la possibilité de refuser cet accueil, en tenant autrui au-delà du seuil. Lorsque le retrait et la distance sont rendus impossibles, le refus de la relation s’établit selon une logique animale de territoire et de confrontation physique. Chacun a en effet besoin d’un espace inaliénable.

Mais l’habitat n’est pas seulement refuge. On ne vit pas humainement dans une maison cadenassée. La maison n’est maison que parce qu’elle dispose d’une porte et d’une fenêtre : elle est ouverte sur l’extérieur et appelle une circulation.

La maison admet par avance une circulation d’entrants et de sortants. La demeure doit être ouverte pour rendre possible la relation avec autrui.

 L’accueil est même partage de cette demeure. La demeure devient lieu de partage et de don. Comme le relève Levinas, celui qui frappe à ma porte pour être accueilli m’enjoint à me détacher de ma propre possession qu’est ma demeure. Il est désormais aussi chez lui comme l’indique la règle de politesse qui me fait dire à mon visiteur : « faites comme chez vous ».

Pour autant, celui qui est accueilli sait bien qu’il n’est pas chez lui et qu’il ne peut faire comme chez lui.
Il ne peut s’installer dans la demeure de son hôte, prendre possession de ce qui lui appartient. C’est pourquoi les rites d’accueil sont si importants.

les brigands à table

Retable Institut Sœur Mercedes Dourgne

L’hôte sait qu’il n’est pas chez lui mais le rite lui permet d’être introduit dans une sphère de proximité qui n’est pas la sienne. Le présent – bouquet de fleurs, boîte de chocolat qu’il peut offrir à son hôte est sans équivalence avec ce qu’il va recevoir (le repas par exemple). Il instaure un échange symbolique entre celui qui accueille et celui qui est accueilli.

L’hospitalité est toujours de l’ordre d’un excès. Elle échappe aux règles de l’échange équitable. Mais elle représente un « coût » tant pour celui qui accueille que pour celui qui est accueilli. C’est pourquoi nous sommes plus enclins à accepter une hospitalité dans un cadre neutre que dans celui d’une demeure particulière.

 Lire la suite: L’accueil de l’étranger dans la tradition biblique.